LA STRUCTURE DU PARLER

Bulles

 

Le français est la langue dominante mais pas exclusive. Parler marseillais c'est déjà un refus ostensible des habitudes d'expression. On métamorphose le français par une particularisation du discours. C'est un usage de la langue dans un mode différent. Les mots ici ont la formes des images de BD. Dans ce discours libéré des contraintes grammaticales du français, on n'est pas astreint au respect de l'usage orthographique et grammatical, mais seulement phonétique.

 C'est la vie sociale qui fait son identité; sa fonction est entièrement autonome. Le discours souvent improvisé doit rester conversationnel et communicatif. Il se structure sur un mode de temporalité fixe: le présent. C'est l'effet du langage. C'est toujours un discours argumentatif, démonstratif, court.

Parler c'est déjà dépenser une énergie  émotionnelle et intentionnelle, intense. Du discours se dégage un parfum particulier qui attire les gens présents. Il se dégage un désir de compréhension quand on sent que l'on partage les mêmes références, le même interêt pour une chose dont on parle (pêche, boules , foot..)

Le discours marseillais réussit en matière de communication là où les médias les plus sophistiqués, technicisés, ont échoué. Il oblige à regarder la réalité de manière différente, en dehors de toue logique économique, de toute pression idéologique.

LA MACROSTRUCTURE du DISCOURS

"  c'est quoi la plage horaire où tu est censé travailler ?

- La plage du Prado ( plage marseillaise)!

Je ne savai pas que tu t'appelait David".

Le thème, le contenu du discours sont variables, en fonction de l'actualité. A marseille on a toujours des choses à dire sur tout; il se passe toujours quelque chose d'intéressant à commenter: un match, un mariage, un enterrement, une manif... On parle du vécu proche, immédiat. La parole est l'outil qui prolonge cette autre main qu'est le cerveau. La télévision, internet peuvent toujours s'accrocher; le portable ne sert pas non plus à grand chose  dans ce cas. Les premiers échanges se font à chaud, puis le lendemain rebelote avec les journaux devant son petit noir pour bien commencer la journée. On en remet une couche. Après peu importe ce que les autres diront... On a l'impression d'avoir préservé l'essentiel.

Souvent le thème va de pair avec l'Astral : "lui on peut dire qu'il est né sous une bonne étoile, il a le c.. bénit!". Dans le cas contraire on a recours à la " bonne mère" ou carrément à Dieu: "Bon Dieu, qu'est ce que j'ai bien pu faire pour mériter des carnes pareilles?". Parfois, ça rend des proportions gigantesques, comme si le discours, à l'instar d'un quelconque liquide, entraine des comportements bizarres suivant le dégré de chaleur absorbé (le fluide brulant s'élève et redescend dans un grand huit) : "Ton ami est un enfaga de première, au lieu de t'aider il t'enfonce".

L'usage courant du français est une convention qui a été faite pour que ça soit plus commode pour tout le monde, le parler marseillais étant lui réservé pour, sinon les grandes occasions, du moins les instants privilègiés. C'est cette souplesse qui donne à penser que le discours marseillais est increvable.

Les principes de la macrostructure langassière du discours sont simples car basées sur l'expérience vérifiée de postulats valables partout. C'est ce que certains appellent le "parler vrai", à l'inverse du français qui véhicule trés souvent la " langue de bois".

Le discours marseillais est indispensable, son but n'est pas d'instaurer un parler unique, bien ordonné, mais d'arriver à toujours faciliter l'échange. Ca ne relève jamais de l'invective gratuite pour blesser ou faire mal.  C'est seulement une provocation d'artiste; c'est comme celà qu'il faut le prendre si on ne veut pas se retrouver muré dans le silence avec pour seuls interlocuteurs le vent et la mer.  Sa spécialité c'est de toujours actualiser le rapport sujet/histoire. Le contenu à les dimensions du plaisir, de la joie et de l'émotion. Sa vérité est cachée avec le désir. Ce discours a la beauté partiulière "qui fait qu'une femme moins belle est plus interessante car elle a sur son visage et dans son corps l'empreinte de la société à laquelle elle appartient" (Saul STEINBERG).

C'est une intuition libertaire, il ne porte pas de jugement juste des appréciations, il prend souvent la forme d'un heurt humoristique entre presonnes; un jeu ?

Pour être entendu, compris, il n'a pas besoin d'être beau, ni grand. Il s'oppose à l'uniformisation réductrice des mots. Le plus grand risque que l'on fait courrir aux personnes qui écoutent c'est qu'elles " s'estrassent" avec le mal au ventre et la peur de se pisser dessus.

Ce discours boude les livres mais jamais les paroles qu'ils contiennent. C'est sans doute pour celà qu'ici on ne se contente pas de boire la bonne parole qu'on nous sert à longueur de journée dans un français impécable. On le distille avec des mots à nous, puisés dans le souvenir des gens de mer, pour le resservir à l'ocasion: "A boire sans modération".

Finalement, pour bien comprendre le discours marseillais cela doit se faire de manière sensitive, comme on perçoit un bruit, un son, une musique. Il faut une patiente approche pour l'apprivoiser. Chaque son a son rôle positf, inimitable, bien dans la tradition latino méditéranéénne. C'est un parler charnel, passionné qui dans un climat chaud laisse derrière lui un calme fabuleux. Autant dire que c'est une quête san fin qui demande à aller au contact. Personne ne sait où tout cela peut conduire, d'ailleurs tout le monde s'en fout.

*

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 05/07/2016

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site