Le style du public marseillais

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Il est encore un point qu'il nous faut développer ici, c'est celui du STYLE. Non point le style de jeu développé sur le terrain qui est conditionné par le choix du Coach, mais bien le style du public Marseillais les jours de match, car il y a un style particulier qui caractérise ce public et qui ne transparait pas dehors, dans le quotidien. Ce style-là résulte de la communication qui s'instaure dans le stade quand l'OM Joue à domicile. Une communication qui n'est pas à sens unique mais réciproque et totale, d'un bout à l'autre du stade.

 Ce langage communicatif est fait de gestes, de mots, de sons; même le silence ou le souffle est significatif. Il met l'ambiance. Il crée la fête, engendre des attitudes et se fait mouvement spontané. Le stade devient alors un lieu magique où se cristallisent des images, des mots, des sons qui, quelques fois, ne sont que des torses. Le match bascule ainsi avant même d'avoir commencé dans l'espace, il engendre un espace nouveau, hors du temps et du monde pours se faire poésie esthétique et délire. De la grande poësie. C'est une nouvelle sensibilité qui s'exprime dans un élan de rebellion, de communication qui réduit à néant l'espace qui sépare les joueurs du public. Aux potentialitées physiques déployées, potentialitées vocales de plaisir, de joie, de connaissance et d'amour pour se fondre dans un tout - ensemble - où s'articule au plan symbolique le général et le particulier.

Il n'est plus question d'exploit ou de questionnement, mais de conscience donatrice retrouvée; l'enthousiasme devient communicatif et emporte tout sur son passage. En retour, cet élan est aussi quelques fois rebellion et colère. Le style s'ajoute au spectacle. Plus il est audacieux, original, imprévu, comme un beau geste de joueur et plus il transcende le stade qui vire-volte comme une feuille dans le vent, un jour de mistral. alors les olympiens se dressent en haut de leur dôme, sous la voute du ciel -bleu et blanc- et leurs cris térribles retentissent. Ils sont la révolte. A cet instant précis l'espace sort de l'espace, il échappe aux dimensions terrestres conventionnelles, il devient surdimensionné tout en restant précis, visible, sonnore, juste. Lui seul permet de dépasser les limites du réel, de franchir les limites de l'existant. Il est forcement éphémère et répétitif. Il donne cependant à la manifestation un caractère raffiné dans le démesuré. La tendresse et la délicatesse ne perdent jamais leurs droits. La lucidté demeure. Cette lucidité qui préserve la liberté de jugement et cette sensibilité facteur d'émotions, où le délicieux plaisir de la rareté le transforme en délicieux mensonge des apparences ou d'une réalité révèe. Les barrières de l'age, du sexe tombent; la porte vers l'illimité est grande ouverte. La foule est à nouveau en train de naitre. Chante, frappe,crie avec nous la mer, le monde est le chemin d'aimer comme encore jamais.

 Le monde rationnel, logique, froid a cessé d'exister, de respirer: place au bonheur partagé; au bonheur fou. Plus rien de ce qui est misère ne peut exister ici. Chaque visage a droit aux caresses; seul le résultat du tableau d'affichage garde un caractère de réalité. C'est là le territoire du jeu et des hypothèses; une nouvelle aventure commence qui engendre ce champ humain. Ce monde supérieur qui s'invente et se crée, c'est le public qui l'invente et lui donne son caractère de vérité. Un tout petit geste suffit pour recommencer l'instant d'après. Un geste d'un dribleur qui jongle et qui dérange, qui mystifie et qui amuse, devient un signe chargé de signes. Estatique liberté. Le public applaudit debout; c'est la patrie qui se lève pour parer au danger. Le chant est un hymne qui porte les héros. N'en cherchez pas l'image dans les journaux quotidiens. La transcription journalistique est forcement restrictive et limité par le temps d'impression. Le public est souvent mentionné par un nombre, rarement par son style. Le résultat prime, l'image poétique est le négatif qui ne sera jamais développé. La valeur image se résume le plus souvent à un cliché de photo. Et n'allez surtout pas croire que la télévision fait mieux en ce domaine. Même le "direct" donne un match "estroprié". Rien ni personne ne peu remplacer le contact humain. L'émotion, la vie ne se délègue pas. Etre olympien marseillais c'est un style de vie à part au stade.

 Après le match, il reste encore les souvenirs: l'ovation ou les sifflets. Rentré chez soi, on embrasse ses enfants, sa femme comme autant de coupes remportées. Toutes les lèvres semblent s'être forgées ensemble, se transformant en une étoffe dure, souple et tenace ( l'étoffe s'obtient en coroyant ( en forgeant) des barres d'acier et de fer ensemble).

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Date de dernière mise à jour : 04/07/2016

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